Le cabinet d’Alain Hernandez traite plus de 15 000 dossiers par an. Le cabinet d’Alain Hernandez traite plus de 15 000 dossiers par an. PHOTO/Photo M. C.

Confrontées à de nombreux impayés, désireuses d’éviter de coûteuses actions en justice, les entreprises font régulièrement appel aux sociétés de recouvrement. L’une d’elle nous a ouvert ses portes.

Leur réputation les précède. Avec son cortège de mots fleuris, son lot d’abus, son large choix de témoignages indignés sur internet. “En 2012, nous avons traité une dizaine de dossiers de souscriptions de crédits revolving, avec des relances menaçantes, confinant au harcèlement. Les sociétés sont toujours les mêmes et tentent de faire peur aux débiteurs en sortant du cadre légal, en brandissant la menace des huissiers”, raconte Lesly Reche, du service juridique de l’association de défense de consommateurs CLCV 66. Des méthodes que dénonce également Aurélie, du cabinet de recouvrement perpignanais BRR. “On me dit souvent : ‘Du recouvrement de créances ? Je n’aimerais pas faire ce que tu fais’. Ce que je fais est pourtant tellement éloigné des méthodes des grosses sociétés qui appellent les gens dix fois par jour. Pour moi, derrière un dossier, il y a une personne. Pas un chiffre”.

Cette vision ‘artisanale’ du recouvrement, Alain Hernandez la défend depuis qu’il a ouvert le cabinet BRR il y a 30 ans. “Une époque où nous étions 13 ou 14 cabinets dans les P.-O. Aujourd’hui, nous sommes 3 ou 4 . Car si dans les années 90, les banques et les organismes de crédit étaient nos principaux clients, ils ont depuis créé leurs propres services de recouvrement ou en ont racheté d’autres. Souvent, elles gèrent depuis Paris des recouvrements de créances dans toute la France, pour le compte des fournisseurs d’accès à internet, de téléphonie mobile…”.

Pour lui, d’ailleurs, l’activité de son cabinet n’a pas connu de forte hausse en dépit des difficultés économiques du département. BRR traite toujours entre 15 000 et 20 000 dossiers par an ; et dans 60 % des cas, il s’agit de créances allant de 10 € à 300 €… Ce qui a changé, en revanche, c’est le contact avec les débiteurs. “Notre premier métier, c’est la médiation. Nous cherchons un terrain d’entente et dans plus de 95 % des cas, nous parvenons à un recouvrement à l’amiable. Pour cela, il n’y a qu’une recette : comprendre la situation dans laquelle se trouve le débiteur. Souvent ces personnes sont gênées par cette situation et vont mettre un point d’honneur à payer ce qu’elles doivent, quitte à ce que ce soit 10 € par 10 €. Mais depuis quelque temps, il y a une hausse de la violence verbale à laquelle nous n’avions jamais été confrontés en 30 ans. Souvent de la part de personnes qui ont pris une part active à leur situation : certains sont en situation d’interdit bancaire, mais vont émettre des chèques sans provisions plusieurs fois par jour, d’autres vont déclarer le vol de leur chéquier après un coup de folie dépensière… C’est une évolution qui suit celle de notre société, qui créé toujours plus de besoins chez les gens”.

Un appel des sirènes de la consommation auquel il est souvent difficile de résister. Et qui conduit certains à une situation de surendettement.

 

source : http://www.lindependant.fr/2013/02/25/leur-metier-recouvrer-les-dettes-pour-les-entreprises,1730740.php